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Archive pour 12.3.2010
Comment le marché du mal-être est-il devenu l’eldorado de la psychiatrie « moderne »
12.3.2010 par admin.
La tendance à psychiatriser à outrance tous les aspects du comportement humain, dans une recherche frénétique pour le profit, est un phénomène soigneusement planifié ne devant rien au hasard. Pour le comprendre, il faut revenir au début de l’histoire. A Porto Rico en 1967, les plus éminents psychiatres du monde se sont réunis. Au programme, la psychiatrie du futur et en particulier les nouvelles molécules. Ces psychiatres savent que dans les années qui suivront, de nouvelles molécules seront disponibles et ces molécules seront à même d’altérer certains points précis du comportement humain. Le psychiatre Nathan Klein, très célèbre à l’époque, avait déclaré lors de cette réunion : « la consommation de psychotropes est faible en comparaison du nombre de substances chimiques qui seront disponibles pour contrôler certains aspects de la vie de l’homme dans les années 2000 ». A peu près à la même époque, le dirigeant d’une des plus grosses firmes pharmaceutiques au monde confiait au magazine Fortune son désespoir de voir le marché potentiel de sa société confiné aux seuls malades. Ce dirigeant, le directeur de Merck, Henry Gadsden déclara qu’il rêvait depuis longtemps de produire des médicaments destinés aux…bien portants . Les intérêts étant convergents, le pacte du diable entre psychiatres et compagnies pharmaceutiques va alors se sceller autour d’une question assez effroyable : puisqu’il y aura de nouvelles molécules disponibles, comment va-t-on pouvoir justifier l’emploi et donc vendre ces molécules au grand public ?
La réponse a été vite trouvée : en transformant certains comportements humains susceptibles d’être chimiquement modifiés en maladie. Pour cela, c’est l’arme du marketing qui a été utilisée.
A Manhattan, Vince Parry représente le nec plus ultra du marketing mondial. Expert en publicité, il s’est spécialisé dans la forme la plus sophistiquée de la vente de médicaments : il s’emploie, de concert avec les entreprises pharmaceutiques, à créer de nouvelles maladies. Dans un article étonnant intitulé « l’art de cataloguer un état de santé », Vince Parry a révélé les ficelles utilisées par ces firmes pour « favoriser la création » de troubles médicaux, et psychiatriques en particulier. Dans ce domaine de la psychiatrie, les frontières qui séparent le « normal » de l’ « anormal » sont subjectives et souvent très élastiques. Mais ce qui ressort, c’est que plus on élargit la définition d’une pathologie, plus cette dernière touchera de « malades » potentiels, et plus vaste sera le marché pour les fabricants de pilules. Ainsi, la technique consiste à élargir la définition des maladies, en se gardant bien d’expliquer les causes de ces subites épidémies. A partir d’une définition élargie susceptible d’embrasser un vaste public, plusieurs techniques marketing sont utilisées. La plus répandue est celle de la peur. Par exemple, on a joué sur la peur des suicides pour amener des parents à accepter de traiter leurs enfants et adolescents dès les premiers signes de dépression. On joue également sur la peur de l’échec scolaire pour justifier la mise sous ritaline d’enfants prétendus hyperactifs. Pourtant, certains des médicaments promus causent les dégâts mêmes qu’ils sont censés prévenir, les antidépresseurs ayant par exemple comme effets secondaires les risques suicidaires.
Un paradoxe trop peu connu qui est vite passé sous silence face aux gigantesques campagnes de promotion auxquelles d’éminents psychiatres participent.
Que pèse la santé des individus face à une telle armada ? L’État peut-il protéger les citoyens face à de telles dérives ? Rien n’est moins sûr. Le poids des compagnies pharmaceutiques sur l’économie et leur influence dans les médias les protègent contre toute tentative de contrôle. En vérité, seule l’information individuelle est à même de protéger les citoyens. Seul un individu informé sera capable de décider si son avenir sera chimiquement déterminé ou s’il pourra rester libre et garder sa raison.
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